Brèves

Thomas Reid et les vertus de l’esprit – Claire Etchegaray

«Thomas Reid et les vertus de l’esprit »

conférence par Claire Etchegaray, université Paris-Nanterre

Samedi 21 novembre 2026, 16 h

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
12 place du Panthéon, 75005 Paris, salle 1

Inscription obligatoire (voir ci-dessous)

Les vertus de l’esprit, et en particulier les vertus épistémiques, ont été au cœur de réponses au défi sceptique avancées à la fin du XXe siècle. Le développement de ces épistémologies de la vertu a pu se nourrir, entre autres références historiques, de la renaissance d’un intérêt pour la philosophie de Thomas Reid (1710-1796). Au-delà de cette motivation anti-sceptique, il convient pourtant d’apprécier le sens précis et le rôle original que Reid, dans sa philosophie de l’esprit, donne à ce terme de « vertu ». Loin de la caricature qu’on a parfois faite de sa philosophie, dite de sens commun, en la soupçonnant d’être lenient (désinvolte, paresseuse), des ressources proprement reidiennes peuvent ainsi apparaître pour répondre au sceptique comme pour analyser les conditions de notre connaissance. L’enjeu est donc à la fois historique et épistémologique.
De sens commun, il est en effet question chez cet auteur des Lumières écossaises, dont le projet est motivé par l’opposition à son compatriote David Hume. Des rapports qu’il établit entre la philosophie et le sens commun, on croit souvent pouvoir retenir que la philosophie, incapable de fonder ce dernier, se réduit pour Reid à une chambre d’enregistrement de croyances instinctives. Quant à la connaissance, il l’aurait platement définie comme une croyance produite par une faculté de connaître.
L’interprétation des épistémologues de la vertu a contribué à réhabiliter cette philosophie en comprenant la faculté naturelle comme un analogue de la vertu épistémique en un sens contemporain (Greco, 1993 ; Sosa, 2007). Nous présenterons deux versions d’une « épistémologie forte de la vertu-faculté » – celle du fiabilisme (reliabilism) de Greco et celle du factivisme de Pritchard – avec lesquelles il est pertinent de comparer l’épistémologie de Reid. L’originalité de cette dernière apparaîtra par contraste, à la fois dans sa réponse au sceptique et dans son analyse des conditions de la connaissance.
Reid emploie bel et bien le terme de « vertu », y compris dans un contexte épistémologique. Outre les dispositions éthiques qui s’exercent dans des domaines intellectuels, le mot s’applique chez lui aux dispositions à exercer une faculté de connaissance de façon particulière. Ainsi un même terme peut-il désigner tantôt une faculté, tantôt (et explicitement) un talent, exercé dans un domaine particulier, qui mérite le nom de vertu en raison de sa valeur « intrinsèque ». Il nous restera à comprendre le rôle que Reid confère, dans sa philosophie de la connaissance, à ces « vertus » rigoureusement définies, et la façon dont elles sont engendrées.

Inscription obligatoire  (aussi bien pour l’accès à la salle que pour la visioconférence) avant le 18 novembre via ce formulaire.