Déclarations de la Société française de philosophie

Sommaire

Déclaration de la Société française de philosophie sur la culture générale et les humanités dans l'enseignement


(octobre 2009). En téléchargement format PDF

La suppression envisagée de l'épreuve de culture générale dans nombre de concours de recrutement de la fonction publique (ou même sa limitation) expose la nécessaire démocratisation de l'enseignement et de l'accès à des charges publiques à un risque de grave perversion. Cette perversion consiste en un populisme culturel jugeant en fait les enfants du peuple incapables de soutenir les exigences de l'élévation au-dessus de soi constitutive de la vraie culture. Une telle libération spirituelle des situations réelles, natives ou acquises (pratiques coutumières ou connaissances transmises), toujours particulières, s'opère à travers leur relativisation, à effet critique, par la culture générale. Celle-ci permet alors à chaque homme de s'universaliser et, en devenant ainsi en lui-même l'Homme, de mieux s'accorder avec les autres hommes.

Assurément, la culture générale n'est une culture réelle que si, en premier lieu, elle se nourrit de la réalité particulière des formations et disciplines spéciales, scientifiques ou techniques, au plus loin d'un bavardage formel. Et que si, en second lieu, elle se définit par une assomption actuelle des trésors offerts par l'humanité passée. Mais ce souci d'une réalisation présente d'elle-même fait que son effort d'unification ou synthèse d'un esprit de plus en plus spécialisé et dispersé, au sein d'un monde en proie à une complexification accélérée, est de plus en plus indispensable et doit être de plus en plus intense. Ce n'est donc pas moins, mais plus de culture générale qu'il faut insérer dans la formation.

Il le faut notamment dans la formation initiale des lycées, et cela d'autant que les enseignements traditionnels de culture générale qui la couronnaient dans ce que l'on appelait autrefois les classes de rhétorique et de philosophie y ont été réduits. Ils constituaient une véritable propédeutique secondaire à l'enseignement supérieur. Cette propédeutique serait à recréer, dans les conditions du présent. Et, celles-ci étant ce qu'elles sont, sans doute serait-il bon de la prolonger et d'en redoubler les heureux effets en rétablissant aussi, au début des études supérieures, une propédeutique proprement universitaire scellant la continuité, à travers leur stimulante différence alors maîtrisée, de deux étapes essentielles de l'unique formation de l'esprit. Puisque, si la pensée se réalise dans les savoirs, toujours déterminés, ceux-ci ne progressent que par la pensée, toujours universalisante, la réduction de la culture générale, accoutumance systématique à l'acte de penser, bien loin de favoriser l'intégration culturelle, compromettrait donc à la fois le développement de la culture et celui du savoir.

La Société française de philosophie tient donc à rappeler que tout enseignement, s'il veut rester un opérateur de liberté, est nécessairement lié à la culture générale et aux humanités. Prises au sens large, qui concerne aussi les sciences et les techniques, les humanités désignent des parcours où, en apprenant des choses et des idées, on s'instruit en même temps de la pensée qui en rend la saisie possible. Sous prétexte que trop d'enfants ne maîtrisent pas bien l'oralité d'une langue maternelle, faut-il que l'école se borne au parler nourricier et renonce à toute langue littéraire ? Sous prétexte de rendre habile au calcul, faut-il renoncer à enseigner la démonstration ? Sous prétexte de faire entendre la prose, faut-il rendre sourd au vers ? Sous prétexte d'étudier les choses, faut-il priver la pensée de sa propre réflexion ? Il faut au contraire réaffirmer l'inverse : sans l'étrangeté de la langue littéraire, il n'y a plus de langues, mais des idiomes ; sans démonstration, il n'y a plus de mathématiques, mais des procédés ; sans le vers, la prose elle-même devient inaudible ; et une pensée qui renonce à se penser n'est plus une pensée.


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Soutien de la Société française de philosophie à Robert Redeker

Le Conseil d'administration de la Société française de philosophie s'est réuni le 14 octobre 2006 et a voté le texte suivant à l'unanimité, adressé à M. le Président de la République et envoyé à la presse :

Un homme est aujourd'hui menacé de mort, forcé depuis des semaines de se cacher pour avoir écrit et publié son point de vue. Il se trouve qu'il est professeur de philosophie. Or, il n'a fait qu'user du droit de tout citoyen. La question est de sauvegarder, à travers sa vie et celle de ses proches, la liberté de pensée, d'opinion, d'expression et de communication dans un Etat de droit.
La Société française de philosophie apporte son soutien à Robert Redeker et souhaite que les pouvoirs publics prennent à cet égard toutes leurs responsabilités.

Réponse de la Présidence de la République

Nous avons reçu une réponse de la part de l'Elysée, datée du 26 octobre et signée par Mme Blandine Kriegel, Chargée de mission auprès du Président de la République.

En voici un extrait substantiel:

Le Président de la République, qui a lu avec beaucoup d'attention la motion de la Société française de philosophie, comprend et partage votre souci et m'a demandé de vous apporter les précisions suivantes.
Il considère comme vous qu'il est essentiel que les libertés de pensée, d'opinion, d'expression et de communication soient conservées et garanties dans un Etat de droit. C'est pourquoi le Ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, a été amené à réaffirmer ce principe de liberté d'opinion et d'expression. Le ministre a demandé au Recteur de l'Académie de Toulouse d'exprimer son soutien à M. Redeker et de suivre avec une grande attention la situation dans l'établissement où il a été nommé.
En ce qui concerne la sécurité de M. Redeker, qui est un droit fondamental auquel le Président est extrêmement attaché, plusieurs démarches ont été entreprises par le Ministre de l'Intérieur, démarches évidemment discrètes comme celles qui on trait à la sécurité des personnes, mais dont vous avez pu mesurer le souci de vigilance puisque les médias eux-mêmes se sont faits l'écho d'un courrier envoyé par internet qui faisait objet de recherche.
Le Ministre de l'Education nationale, qui a appelé personnellement Robert Redeker pour lui dire également son soutien, a veillé évidemment à ce qu'il soit dispensé d'un enesignement effectif et que son salaire lui soit intégralement versé et ce tant que lui-même estimera être l'objet de menaces.
Le Président de la République partage donc votre souci et demeure très attentif à ce que les pouvoirs publics, notamment le Ministère de l'Education nationale et le Ministère de l'Intérieur, prennent toutes leurs responsabilités.

samedi 17 mai 14, 10:00

"Prochaine séance Atelier Ironies socratiques"
29 rue d'Ulm, salle Langevin
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samedi 24 mai 14, 10:00

"Prochaine séance Atelier L'idée de science"
CAPHES, 29 rue d'Ulm 75005 Paris
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samedi 24 mai 14, 16:00

Conférence
"La vie subalterne"
Par Guillaume Le Blanc
Sorbonne, amphi Michelet, 46 rue Saint-Jacques 75005 Paris
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"Calendrier 2013-2014"
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"Ateliers 2013-2014"
Caphes 29 rue d'Ulm
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