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Agenda / Conférences

La philosophie est-elle une chose importante ? (par Michel Malherbe)

  • Cet évènement est passé

Détails

Date :
2 juin 2012
Heure :
16 h 00 - 18 h 00
Catégorie d’évènement:

Lieu

Université Paris-Sorbonne, amphi Michelet
46 rue Saint-Jacques
Paris, 75005 France Métropolitaine
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Organisateurs

SFP
Michel Malherbe
Michel Malherbe
Michel Malherbe
Hume distingue entre les choses importantes et les choses curieuses, celles qui sont l’objet de l‘easy and obvious philosophy et celles qui sont l’objet de l‘abstruse philosophy. La méthode de la première est l’éloquence, celle de la seconde l’analyse rationnelle. L’éloquence est un art de l’évidence qui fait fond sur ce que les hommes partagent en commun (indignons-nous !) ; l’analyse est un art de la précision et de la distinction, mais qui a un coût : la perte de l’évidence. Entre la clarté et la distinction, il faut choisir. On ne saurait négliger de représenter les choses importantes. Cela suffit-il à en faire un objet de curiosité ? Si elles importent, ce n’est pas par l’opération de la philosophie, mais par celle, pour parler vite, de la vie et de tout ce qui est reçu avec elle. Or la demande de philosophie facile n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Dans le meilleur des cas, elle peut se réclamer de Cicéron ou de la tradition humaniste ; dans le pire des cas, de l’opinion et du préjugé. Et, comme l’observait Hume, c’est elle qui rencontre le succès. Un succès qui n’est pas nécessairement aveugle. La demande de philosophie abstraite se fait rare et elle est peu honorée sinon dans l’institution universitaire ; et elle l’est alors pour son raffinement. Il lui faut assurément un corps d’évidence initial à travailler, mais elle a tôt fait de le changer en problème, un problème à résoudre par le concept et ses développements. Pendant longtemps, l’histoire de la philosophie  » à la française  » a masqué la difficulté, le corps d’évidence à traiter étant fourni par les  » grands textes  » et jugé important au nom de la tradition et de l’érudition. La matière étant ainsi toute préparée, chaque analyste pouvait montrer combien les difficultés résiduelles des grandes philosophies étaient susceptibles de se résoudre par un raffinement toujours accru du système ou recevoir une nouvelle lumière du dernier inédit exhumé. Mais l’excès porte sa propre sanction : la preuve fut faite que cela n’avait pas beaucoup d’importance et qu’une thèse n’est jamais qu’un exercice d’école. On peut, certes, en prendre son parti et considérer que la philosophie n’est qu’une recherche curieuse et qu’il suffit de traiter du langage dans lequel elle s’exprime, d’en dénoncer scrupuleusement les fautes de grammaire, et pour le reste de s’en rapporter à la pensée la plus ordinaire curieusement investie d’une nouvelle innocence philosophique : singulière action de restauration du sens commun par la sévère discipline que la philosophie s’administre à elle-même. On peut inversement ne pas prendre son parti et invoquer quelque exigence fondatrice toujours plus radicale menant à une évidence première, dans son fond très obscure, mais censée être archi-éloquente. Dans les deux cas, la philosophie justifie son importance propre par un même argument : elle se donne comme la science des conditions de possibilité, comme l’art du transcendantal. Mais qu’est-ce qui est réellement important ? N’est-ce pas Dieu, les choses, les hommes ? La révolution transcendantale a eu lieu, objectera-t-on, on ne peut revenir à Aristote. Mais qui le dit ? Introduisons un soupçon de scepticisme et revenons à des objets plus positifs.