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L’universel en langues (par Souleymane Bachir Diagne)

Conférence du 22 mai 2021

L’universel en langues,
par Souleymane Bachir Diagne, professeur, Columbia University New York,
directeur Institute of African Studies  – conférence initialement programmée le 20 mars 2020

En visioconférence depuis New York

Je soutiendrai la thèse que l’universel parle en langues et qu’il s’identifie au (multi)latéralisme. Pour cela, j’examinerai l’actuelle querelle de ce que l’on appelle le postcolonial dont l’enjeu est justement la question de l’universel. Transformer la querelle en discussion « philosophique » cela veut dire d’abord clarifier les termes qui entrent dans le débat. Je partirai donc d’une définition du monde (et du moment) postcolonial comme celui du pluriel irréductible des langues et des cultures toutes équivalentes, et qui n’a donc pas de centre. Je présenterai alors la réponse, que je dirai « conservatrice », à cet état de choses, qui consiste à penser qu’un tel monde risque alors de perdre l’universel comme on perd le Nord. Que « l’esprit de Bandung » (du nom de la conférence des décolonisations de 1955), tournant le dos à « l’esprit absolu », est pur et simple refus de l’universel par des revendications particularistes. Contre cette réponse, je soutiendrai celle qui dit, au contraire, que « l’esprit de Bandung » est aujourd’hui la promesse d’un « universel vraiment universel » (Immanuel Wallerstein). En rappelant tout d’abord que les auteurs classiques qui ont défini notre moment postcolonial l’ont fait en déclarant que l’universel devait être repensé, et non pas ignoré. Qu’Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor, par exemple, ont compris la tâche de notre temps comme celle d’édification de « la civilisation de l’universel ». Je montrerai que le concept que l’on doit à Maurice Merleau-Ponty, que je n’hésiterai pas alors à considérer comme un auteur « postcolonial » de ce point de vue, celui d’universel latéral, indique la nature de la tâche, celle de forger ensemble un universel qui parle en langues, qui est donc (multi)latéral. Car c’est celui qui advient dans la rencontre en traduction de parties situées sur un même plan et qui négocient, argumentent, s’entendent, ne se comprennent pas, s’accordent… Avec la visée d’un commun, vers une « civilisation nouvelle, plus civilisée, parce que plus totale et sociale. » (Senghor)